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La mort subite du sportif « occasionnel » : une réalité reconnue

Jusqu’à récemment, il n’existait pas de données générales sur la mort subite du sportif occasionnel, à l’image du jogger du dimanche. Toute l’information scientifique médicale provenait des études effectuées chez le jeune sportif de haut niveau, ou certaines activités sportives spécifiques, essentiellement le marathon.

C’est la raison pour laquelle le Centre d’Expertise Mort Subite a initié un registre français en avril 2005, mené en population générale (60 départements, 35 millions d’habitants) chez les 10-75 ans, et poursuivi durant 5 ans. Il s’agissait d’une vaste étude collaborative entre le Centre d’Expertise Mort Subite, l’Inserm, le SAMU de France, mais également l’Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance (INSEP), visant à décrire les caractéristiques des sujets, les circonstances de survenue ainsi que le pronostic de ces évènements tragiques.

La mort subite durant une activité sportive toucherait ainsi 800 à 1000 français par an.

• La mort subite du jeune athlète de compétition (en vert dans le graphique ci-dessous) ne concerne pas plus de 6 % du total des morts subites du sportif (elle concernait pourtant près de 100 % des publications jusqu’à présent !). La mort subite du sportif occasionnel est donc de loin la plus fréquente.

• Le plus souvent, la cause de décès n’est pas identifiée (75 % des cas), en particulier dans la population pratiquant une activité sportive de loisir. Ce manque d’information est essentiellement lié au fait que deux tiers des sujets décèdent sur place, et que l’autopsie n’est que très rarement pratiquée en France (<5 %).

• Dans plus de 80 % des cas, la mort subite du sportif concerne l’homme d’âge moyen (40-50 ans). Les décès de femmes sportives ne représentent que 5 % de l’ensemble des cas. La mort subite de la femme est pourtant loin d’être rare ; elle surviendrait donc essentiellement en dehors des activités sportives.

• Le risque de mort subite serait différent en fonction du sport pratiqué : jusqu’à 6 fois plus faible chez l’homme effectuant une activité de natation comparée à l’homme effectuant du cyclisme. Des études spécifiques permettront de mettre en évidence des différences significatives liées au sport pratiqué ou en rapport avec d’éventuels facteurs confondants. Rappelons que le cyclisme ou la course sont deux sports les plus pratiqués en France ; il serait possible d’expliquer également ces chiffres par un temps et une fréquence d’exposition plus importants pour le cyclisme que la natation.

• Le taux de survie est en moyenne de 16 %, significativement supérieur à ce que l’on peut observer lorsque la mort subite survient en dehors d’un contexte sportif (7 % de survie en 2015 en France).

• La relativement bonne survie est essentiellement le reflet de ce qui se passe au sein des enceintes sportives (notamment stades) : 22 % de survie, contre 7 % lorsque l’arrêt cardiaque survient pendant le sport hors enceinte sportive. Ces différences de survie ne sont pas tant liées aux caractéristiques des sujets, mais plutôt à l’environnement immédiat lors de l’arrêt, notamment l’action du témoin, souvent formé et sensibilisé au sein d’un stade.

Beaucoup de données sont encore en cours d’analyse, mais ce premier registre en population générale a permis d’initier, au sein de la communauté médicale internationale, un véritable élan d’intérêt pour le sportif « occasionnel ».

Reste à mieux comprendre quel coronarien d’âge moyen est plus à même de faire un arrêt cardiaque pendant un exercice physique, et définir les stratégies de prévention (au-delà de la visite de non contre-indication pour la compétition) les plus pertinentes.

Entre temps, nous pouvons améliorer la prise en charge de l’arrêt cardiaque sur les stades en déployant encore plus la sensibilisation aux gestes qui sauvent pour offrir à l’ensemble des départements des taux de survie de plus de 40 %.

Source : Pr. Xavier Jouven, Centre d’Expertise Mort Subite, Hôpital européen Georges-Pompidou, Paris.